Opéra Magazine Hors Série 2019-2020

Opéra Magazine

Opéra Magazine Hors Série 2019-2020

Numéro Spécial

Ce hors série Opéra magazine vous fera voyager autour du monde, à travers la découverte des plus beaux Opéras internationaux.

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Fiche détaillée

  • Editeur : CF - Centre France
  • Date de parution : été 2019
  • Genre : Musique
  • Langue : Français
  • Pages : 116

Détails de l'offre

L’opéra comme un ailleurs par Christian Wasselin

 Pourquoi aller à l’opéra ? Pourquoi se rendre au cinéma, au musée (en faisant fi des centaines d’appareils photographiques qui empêchent de contempler les toiles) ? Pourquoi lire des livres ? Pour plusieurs raisons, et d’abord celle-ci : s’extraire de son existence bornée, gagner des terres lointaines, être ravi. En d’autres temps, on aurait peut-être dit : se désaliéner. Certains éprouvent ce désir, certains aussi imaginent que le plus grand nombre est digne de l’éprouver mais doit savoir, d’abord, qu’il est possible de l’éprouver. D’où le souci de la transmission, qui est devenu l’une des obsessions de notre époque. Il n’est pas une institution artistique, aujourd’hui, qui soit dépourvue de son programme pédagogique. Même l’Opéra royal de Mascate, ouvert en 2011, propose un ensemble d’« educational packs, school visits and workshops ». On peut s’en réjouir, car transmettre permet à l’humanité, de siècle en siècle, de se comprendre et de se parler ; on peut aussi s’en alarmer, car cette volonté acharnée de transmettre est le signe que l’essentiel, précisément, n’est plus transmis.

Il est vrai qu’il est devenu nécessaire de rappeler deux ou trois évidences qui hier allaient de soi. Par exemple, que l’acteur n’est pas le personnage, qu’il n’est pas nécessaire d’être japonaise pour jouer madame Butterfly et qu’on peut très bien être chauve et incarner Samson. Qui aurait cru, naguère encore, que des milices interdiraient de force les représentations d’une pièce de théâtre à la Sorbonne ? (Qui aurait imaginé que des pneus en plaqué or seraient exposés au sommet du grand escalier du Palais Garnier ?)

Mais que signifie, en l’occurrence, transmettre ? S’agit-il de montrer aux enfants et aux adolescents que l’opéra fait partie de la vie et qu’il faut dédramatiser (c’est-à-dire désacraliser) le fait d’assister à une soirée hors du commun ? Ou s’agit-il de leur apprendre qu’il existe un ailleurs, un monde qui ne ressemble à rien d’autre, un lieu où ils seront dépaysés, transportés, enchantés ? À cet égard, la vidéo destinée au jeune public qu’on trouve sur le site du Liceu (« Liceu under 35 » !) est éclairante : on y voit des spectateurs en chaussures de sport, d’autres prenant des selfies ou dégustant des bières à la bouteille (comme s’il ne s’agissait pas de comportements aujourd’hui universels !), avec un DJ dans le vestibule, sans doute pour les préparer à une représentation des Soldaten ou des Boréades, à moins qu’on ait pris le soin de les soulager d’avoir dû la supporter. Le message subliminal est celui-ci : « Venez sans crainte, vous ne serez pas déçus, c’est aussi moche ici qu’ailleurs ! et en plus vous retrouverez vos semblables ! » On se demande bien pourquoi il faudrait se rendre au Liceu pour vivre une expérience banale, alors qu’on attend de l’opéra, comme de l’art en général, qu’il nous fasse basculer dans le vertige et nous laisse ébloui, décoiffé, enivré, pantois.

Encore faudrait-il que les metteurs en scène ne se vautrent pas dans l’actualisation forcenée. Non, l’alternative ne se situe pas entre l’illustration alla Zeffirelli (rendez-nous Visconti !) et les cimetières de voitures. (Au fait, à quand un Wozzeck en toges romaines ou une Bohème en costumes de la Renaissance ?) La mise en scène d’Iphigénie en Tauride signée Robert Carsen, d’abord montée à Chicago, reprise récemment au Théâtre des Champs-Élysées, nous prouve combien il suffit d’un peu d’imagination pour que tout à coup une boîte aux merveilles s’ouvre pour nous.

À l’heure où le tourisme dévaste la terre, l’opéra reste la seule chance d’un vrai voyage qui nous étreigne. Prions pour qu’à l’avenir il ne nous abîme pas avec lui dans la plus vulgaire des réalités. Nous avons soif de liberté et d’étrangeté.

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